Client inactif : un client qui travaille déjà… mais ailleurs
Organiser & Transformer
23 déc. 2025
Olivier Dardelin
Un client dit « inactif » n’est presque jamais un client sans activité.
Il est, dans la majorité des cas, très actif avec d’autres fournisseurs.
Il a :
Ses partenaires historiques,
Ses routines d’achat,
Ses réflexes opérationnels,
Ses circuits de décision.
Le commercial ne se bat donc pas contre une absence de besoin,
mais contre des habitudes et des croyances profondément installées.
Pourquoi les arguments factuels et business ne suffisent pas
Dans ce contexte, ajouter :
Des arguments prix,
Des comparatifs techniques,
Des promesses de performance,
Ne suffit pas. La décision n’est plus purement rationnelle.
Elle est organisationnelle, culturelle et parfois émotionnelle.
Changer de fournisseur, c’est :
Remettre en cause des habitudes,
Assumer un risque interne,
Rompre un équilibre perçu comme « suffisamment satisfaisant ».
Tant que le coût perçu du changement est supérieur au bénéfice attendu,
aucun argument business ne déclenche la décision.
Le scoring : mesurer la résistance au changement
Le rôle du scoring n’est pas de mesurer l’intérêt du client.
Il est de mesurer la force des habitudes qui repoussent la décision.
Il permet de classer des clients inactifs à potentiel économique équivalent
selon leur niveau de résistance à l’intégration d’un nouveau fournisseur.
Les critères de scoring qui font la différence
Un scoring pertinent repose sur des critères factuels, observables et actionnables, pas sur des ressentis.
Niveau de dépendance fournisseur
Part du fournisseur principal dans les achats
Exclusivités formelles ou informelles
Contraintes logistiques ou contractuelles
Ancienneté et solidité des habitudes
Historique de relation avec les fournisseurs en place
Stabilité des pratiques d’achat
Faible remise en cause des schémas existants
Risque perçu par le décideur
Exposition personnelle en cas d’échec
Crainte de perturbation opérationnelle
Pression hiérarchique ou collective
Maturité décisionnelle
Problème reconnu ou non
Enjeu prioritaire ou secondaire
Décision individuelle ou collective
Ouverture au changement observée
Tests ponctuels avec d’autres fournisseurs
Écoute active des propositions
Volonté affichée d’évaluer des alternatives
Classer les clients inactifs : les 3 catégories opérationnelles
À partir de ces critères, le scoring permet de distinguer trois catégories claires.
Catégorie 1 – Client activable dans un délai de 0 à 6 mois
Habitudes faibles
Dépendance limitée
Risque perçu modéré
Ouverture au changement visible
Effort commercial rentable à court terme
Catégorie 2 – Client activable dans un délai de 6 à 18 mois
Habitudes intermédiaires
Dépendance structurée
Risque réel mais maîtrisable
Décision collective nécessaire
Nécessite un travail de sécurisation et de preuve
Catégorie 3 – Client activables dans un délai supérieur à 18 mois
Habitudes fortes
Dépendance élevée
Risque perçu critique
Inertie organisationnelle forte
À traiter uniquement si un besoin critique émerge
Ce que change concrètement le scoring pour les équipes commerciales
Grâce à cette lecture :
Les commerciaux cessent d’argumenter à vide,
Les managers pilotent l’effort avec lucidité,
Les priorités deviennent claires et assumées.
On ne se demande plus : « Pourquoi ce client ne travaille pas avec nous ? »
Mais : « Quel est son niveau de résistance au changement — et est-il pertinent d’investir maintenant ? »
Un client inactif n’est pas désintéressé. Il est déjà engagé ailleurs.
Le scoring ne sert pas à juger les clients, mais à objectiver la force des habitudes qui bloquent la décision. Dans un environnement contraint,
c’est cette capacité à choisir les bonnes batailles qui distingue une organisation performante d’une organisation dispersée.

