Ce qui empêche réellement un prospect de travailler avec vous
Vendre & Développer
23 déc. 2025
Olivier Dardelin
Dans de nombreuses organisations commerciales, un constat revient régulièrement :
Les équipes font leur travail,
L’offre est compétitive,
Les échanges sont de qualité…
et pourtant, le prospect ne s’engage jamais.
La conclusion est souvent rapide : Il n’était pas vraiment intéressé. Ce n’était pas le bon moment.
En réalité, la plupart des décisions commerciales n’échouent pas pour des raisons visibles.
Elles échouent sous l’effet de forces invisibles, rarement exprimées, mais toujours actives.
Un principe fondamental trop souvent ignoré
Un client ne change pas de fournisseur pour de meilleures conditions.
Il change lorsqu’il se sent plus en sécurité après le changement qu’avant .
Tant que cette bascule psychologique et organisationnelle n’est pas atteinte,
aucun argument rationnel, aussi solide soit-il, ne déclenche la décision.
Le rôle du commercial — et plus largement de l’organisation commerciale —
n’est donc pas uniquement de démontrer une valeur,
mais de réduire un ensemble de forces invisibles qui maintiennent le statu quo.
Les 5 forces invisibles présentes chez tout prospect
Ces forces sont universelles. Elles varient en intensité, mais elles sont toujours présentes, y compris lorsque l’offre est pertinente.
Force N°1 : L’inertie
L’inertie n’est pas de la passivité. C’est une force de conservation.
Un client travaille déjà avec d’autres fournisseurs. Ses process fonctionnent suffisamment. Ses équipes ont leurs habitudes.
Changer implique :
De revoir des routines,
De modifier des réflexes,
De réapprendre.
Tant que le coût perçu du changement dépasse le coût du statu quo,
l’inertie gagne toujours.
Force N°2 : Le risque opérationnel
Changer de fournisseur, ce n’est pas seulement acheter différemment.
C’est prendre le risque de :
Perturber une chaîne existante,
Créer des dysfonctionnements,
Impacter la performance opérationnelle.
Même si ce risque est faible objectivement, il est souvent amplifié dans l’esprit du décideur.
Plus le prospect est exposé aux conséquences d’un incident, plus cette force devient bloquante.
Force N°3 : La loyauté relationnelle
Un fournisseur en place n’est pas seulement un prestataire.
Il est souvent :
Un partenaire historique,
Une relation de confiance,
Parfois une relation personnelle.
Rompre ou réduire cette relation peut être vécu comme :
Une trahison,
Une remise en cause implicite,
Une décision inconfortable humainement.
La loyauté relationnelle agit même lorsque la performance n’est plus optimale.
Force N°4 : La perte de pouvoir perçue
Intégrer un nouveau fournisseur peut redistribuer les cartes internes :
Qui décide ?
Qui contrôle ?
Qui devient dépendant de qui ?
Certains acteurs internes peuvent y voir :
Une perte d’influence,
Une remise en cause de leur rôle,
Un affaiblissement de leur position.
Ce frein est rarement exprimé, mais il peut bloquer une décision durablement.
Force N°5 : Le filtre mental : « je n’ai pas le temps »
Ce filtre est l’un des plus puissants. Il ne signifie pas que le prospect est débordé.
Il signifie que :
Le sujet n’est pas prioritaire,
Le risque n’est pas perçu comme immédiat,
L’énergie décisionnelle est ailleurs.
Tant que ce filtre n’est pas levé, la décision est repoussée… indéfiniment.
Pourquoi les arguments commerciaux classiques échouent
Face à ces forces invisibles, beaucoup d’organisations font la même erreur :
Ajouter des arguments,
Renforcer la démonstration,
Insister sur les bénéfices.
Or ces leviers n’agissent qu’au niveau rationnel, alors que le blocage est lié aux habitudes, aux risques internes et à l’organisation existante.
Le prospect ne cherche pas une meilleure offre. Il cherche une meilleure sécurité globale.
Le véritable enjeu commercial aujourd’hui
Vendre ne consiste plus à convaincre. Cela consiste à réduire les forces qui rendent la décision dangereuse.
Cela suppose :
D’identifier précisément quelles forces sont à l’œuvre,
De mesurer leur intensité,
D’agir là où la décision se bloque réellement.
Sans ce travail préalable :
Les cycles de vente s’allongent,
Les opportunités s’enlisent,
La performance commerciale devient erratique.
Si vos prospects ne travaillent jamais avec vous, ce n’est pas votre offre le problème. C’est que personne n’a traité ce qui empêche réellement la décision.
Aujourd’hui, les organisations ne décident plus pour gagner plus, elles décident pour se protéger. Tant que travailler avec vous est perçu comme plus risqué que continuer comme avant, aucune démonstration, aucun argument, aucune relance ne fonctionne.
En vente, la valeur ne se joue plus sur le fait d’être meilleur, mais sur la capacité à rendre le changement moins dangereux que l’inaction.
Avant d’ajouter une action commerciale de plus, posez-vous une seule question :
Qu’est-ce qui, chez nos prospects, rend la décision trop risquée pour être prise ?
Sans cette lucidité, les équipes continueront à convaincre, à relancer, à argumenter… alors que le vrai travail n’est pas de vendre, mais de rendre la décision possible.

